KFC affirme que son poulet est « halal » mais ne convainc pas

Publié le par grillade-party.over-blog.com

KFC affirme que son poulet est « halal » mais ne convainc pas

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 05/02/2010 | 21H11

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Les restaurants KFC déclarent servir du poulet halal, mais de nombreux éléments font douter leurs clients musulmans.

Une barquette de wings KFC (Avlxyz/Flickr)

Parmi les nombreux musulmans clients des restaurants KFC, le doute se répand et des textos appelant à ne « plus manger dans le mensonge » se multiplient. Depuis la censure en octobre par M6 d'un documentaire de Zone interdite qui démontrait que les poulets n'étaient pas abattus selon le rite musulman, la chaîne de fast-food a opté pour le black-out et laisse place aux doutes.

L'enquête, qui devait être diffusée par M6 et que Rue89 a pu visionner, dénonçait les pratiques des fast-foods (hygiène chez McDo, etc). La chaîne l'a retirée de la diffusion à la dernière minute, sous prétexte de raisons « juridiques ».

1Officiellement tout est halal, mais on ne l'affiche pas

Au lieu de réserver le halal à une partie de ses restaurant, comme le fait Quick, KFC se veut 100% halal. Sauf que l'information doit rester discrète.

Elle n'apparaît nulle part sur les menus, ni dans aucune publicité. Il faut aller sur le site de questions-réponses où la précision a été ajoutée après l'épisode M6. L'explication de cette discrétion est ici :

« Notre vocation est d'être universelle et d'accueillir tous les publics. »

Comprendre : par peur d'être étiqueté « restaurants pour musulmans » et de se priver des autres clientèles, KFC préfère que ça ne se sache pas.

En revanche, contrairement à leurs concurrents tenus par des musulmans et qui s'affichent entièrement halal, KFC précise que seul son poulet est certifié halal :

« Les restaurants KFC ne sont pas certifiés halal. […] Les autres ingrédients utilisés dans nos restaurants ne sont pas certifiés halal. »

Hormis la viande (de poulet en l'occurrence), on ne voit pas ce qui ne pourrait pas être halal. « Cela prouve leur méconnaissance du sujet et surtout le manque de clarté », estime Najia Hlilif, déléguée syndicale CGT.

2Au consommateur d'aller chercher l'information

KFC a fait le choix d'une démarche particulière vis-à-vis de ses clients : si l'on veut savoir si ce qu'on mange chez KFC est halal ou pas, c'est à nous d'aller le demander. La chaîne indique :

« Par souci de transparence, nous tenons les certificats à disposition de nos clients. »

Téléchargez le documentCe qui est vrai : chaque restaurant produit, quand on le demande en caisse, un certificat comme celui ci-contre. (Télécharger le document)

Mais selon des salariés de KFC, le certificat provient toujours du même certificateur et n'est renouvelé qu'une à deux fois par an. Rien ne permet de savoir que le certificat en question correspond bien au poulet vendu dans le restaurant où il est montré.

De plus, KFC importe du poulet notamment de Pologne, mais les salariés interrogés n'ont jamais vu un certificat halal en provenance des pays exportateurs.

3Pas de précisions sur les fournisseurs ni sur les certificateurs

La chaîne de fast-foods ne veut donner aucun chiffre. Son service de presse nous dit seulement que « Doux est l'un des fournisseurs » et « l'association finistérienne pour la culture arabo-islamique, l'Afcai un des certificateurs. »

D'après Fateh Kimouche, rédacteur en chef du site Al Kanz qui a mené sa propre enquête :

« Doux est le principal fournisseur de KFC et l'association finistérienne pour la culture arabo-islamique, l'AFCAI est son certificateur. Or, cette dernière est spécialisée dans la traduction et n'a techniquement pas les moyens de certifier tout le poulet de Doux. »

Doux confirme sur son site Internet que KFC est l'un de ses clients majeurs :

« Nous livrons les restaurants de KFC partout dans le monde, en poulet 9 pièces et filets, des découpes spécifiques à KFC. »

En interne, il a été confirmé aux délégués du personnel de KFC que : « Doux est notre plus gros fournisseur et l'Afcai certifie tous ses poulets. »

Il se trouve par ailleurs que Casino a décidé de ne plus référencer dans ses supermarchés le poulet halal de Doux. Mais sollicitée pour s'exprimer sur ce sujet, la chaîne de distribution n'a pas voulu nous préciser pourquoi.

4Interdit de savoir ce qui se passe chez Doux

L'usine Doux de Châteaulin, dans le Finistère, principal site d'abattage des poulets Doux, est impossible à visiter. Les journalistes qui enquêtaient pour Zone interdite ont essuyé un refus, tout comme les salariés de chez KFC. Najia Hlilif, déléguée syndicale CGT, secrétaire du CE et du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), raconte :

« En mars 2009, on a demandé une visite aux abattoirs pour voir si ça répondait aux normes et si c'était halal, mais ça on ne l'a pas dit, sinon la demande n'aurait jamais été acceptée. La visite devait avoir lieu en octobre, mais après la censure de M6, elle a été annulée sans explication. »

Dans le reportage produit par l'agence Tony Comiti pour M6, un syndicaliste de l'abattoir Doux témoigne sous couvert d'anonymat :

« Ils sont tous tués à la chaîne, 380 000 poulets par jour. »

Danièle Kerdoncuff, salariée de l'abattoir, est plus nuancée :

« Certains sont saignés à la main, d'autres mécaniquement, ça dépend des contrats, on n'a pas accès au cahier des charges halal. »

En entretenant le secret, le volailler ne fait rien pour calmer les craintes des consommateurs.

5Un obscur et silencieux certificateur

Sollicité à plusieurs reprises, le directeur de l'Association finistérienne pour la culture arabo-islamique (Afcai) n'a jamais souhaité nous répondre. Pas plus qu'aux appels, répétés « durant cinq mois », de Jean-Charles Doria, le journaliste de la société de production Tony Comiti qui enquêtait pour l'émission Zone interdite.

L'équipe de télé s'est finalement déplacée en Bretagne. Dans l'unique bureau de l'association, toujours pas de directeur. Mais deux secrétaires, filmées en caméra caché. Rue89 a pu visionner la séquence. Gênée, la secrétaire se défend :

« Une partie des musulmans ne reconnaît pas l'abattage mécanique, d'autres oui. »

Implicitement, la secrétaire de la petite association, qui a pourtant une définition assez précise de ce qui est halal ou pas, reconnait qu'il n'y a pas autant de sacrificateurs qu'il en faudrait pour abattre les milliers de poulets qui terminent dans les fast-foods KFC.

Fait agravant, l'association n'est pas reconnue par une des trois mosquées (Paris, Evry, Lyon) habilitée à délivrer les autorisations aux sacrificateurs.

6Les méthodes d'abattage divisent, le flou règne

Pour être « halal », un poulet doit être égorgé à la main par un musulman, au nom d'Allah. C'est la définition stricte du halal, mais dans la réalité « c'est comme pour les couleurs, il y a un dégradé », remarque Hadjabelaziz Di Spigno, président de l'Association de sensibilisation, d'information et de défense de consommateurs musulmans (Asidcom).

Avec ses bénévoles, il a lancé une grande enquête qui l'a amené à classer l'Afcai parmi les certificateurs « pas crédibles », parce qu'elle n'a pas assez de salariés pour certifier les gros volumes de viande de Doux.

Mais la question ne fait pas consensus, comme le précise Hadjabelaziz Di Spigno :

« Les certificateurs sérieux considèrent que l'abattage doit être manuel. Le sacrificateur doit être différent du contrôleur, celui-ci doit faire des visites inopinées à l'abattoir. Or sur le terrain, les deux fonctions sont souvent mélangées. »

Pour l'Association Rituelle de la Grande Mosquée de Lyon, une certification hallal de qualité nécessite :

o          La présence permanente d'un ou plusieurs contrôleur(s) rituel(s) durant toute la durée de l'opération de production hallal, et ce depuis le sacrifice rituel jusqu'au conditionnement final du produit.

o          L'animal doit impérativement être vivant au moment du sacrifice.

o          La traçabilité complète de l'ensemble des matières vendues dans le restaurant (quelles soient carnées et non carnées dans la mesure où certains additifs sont illicites),

o          Des contrôles rituels quotidiens inopinés pour vérifier que les produits vendus correspondent bien au cahier des charges édicté par l'organisme de contrôle.

7Une question de moyens et de rentabilité

Enfin, précise la mosquée lyonnaise, un sacrificateur rituel ne peut pas aller au-delà de 1800-2000 volaille/heure. Si, comme mentionné dans le reportage pour Zone interdite, la cadence chez Doux atteint 7000 à 8000 poulets /heure, il faudrait au moins quatre sacrificateurs rituels. On ignore combien sont présents à l'abattage mais on suppose que le silence du volailler est destiné à couvrir le manque de moyens affectés à ce poste.

Selon une étude marketing de la société Solis, le marché du halal pèsera en 2010 plus de 5,5 milliards d'euros en France, dont 1 milliard dans la restauration rapide. Un marché dont « le consommateur est le grand oublié ». L'association de défense des consommateurs musulmans lance un appel aux responsables religieux et aux industriels :

« Le consommateur devrait acheter en sachant si l'abattage est mécanisé ou pas, si l'animal est électrifié avant la mort. La mise à mort de l'animal par l'électricité n'est pas reconnue par les musulmans. »

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